2011年12月11日星期日

Rentr�e litt�raire - roman - "L'art fran�ais de la guerre", roman convaincant

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Logo : France 2 Publié le 06/09/2011 | 17:14

Par Anne BRIGAUDEAU ?

Alexis Jenni

Alexis Jenni

Photo C.Helie / Gallimard "L'Art fran?ais de la guerre" ? Ce premier roman tiré à 20.000 exemplaires est le phénomène surprise de la rentrée

Le 1er septembre, son auteur,?Alexis Jenni,?un Lyonnais de 48 ans, devait faire sa rentrée des classes comme prof de sciences naturelles.

Et le soir, il?devait faire?ses débuts télé?comme invité du?premier?plateau de?La Grande Librairie (en compagnie d'Amélie Nothomb, Sorj Chalandon et David Foenkinos).


Le Monde,?Le Nouvel Observateur,?L'Express?lui ont déjà consacré des papiers dithyrambiques. Alexis Jenni, qui se définit comme?"on ne peut plus normal", est le premier surpris?de?cette?"explosion?médiatique"?: "La gloire,?à mon age, c’est très sympa. A?25 ans, je me serais pris pour le ma?tre du monde.?Maintenant, c’est la chantilly sur la glace... Mais ce qu’il y a de bon, c’est la glace !"

Cinq ans d'écriture
Que raconte ce roman de 600 pages qui alterne ironie (??en 1939, la France était prête à affronter dans d’excellentes conditions les batailles de 1915") , tendresse et scènes d’horreur?? L’amitié entre un jeune homme, le narrateur,?et son ma?tre de dessin,?Victorien Salagnon.?Cet ancien officier des guerres coloniales, qui a trouvé dans un crayon et?du papier sa planche de salut, raconte à son disciple les guerres sales qu'il a menées.

Alexis Jenni, qui avait?essuyé"15 ou 17 refus" d'éditeurs" pour une première oeuvre en 2005, a mis?cinq?ans à?rédiger celle-ci. "Cinq ans tranquille. J’étais désespéré, je me disais, de toute fa?on,??a ratera."

"?J’ai eu l’impression d’ouvrir un grenier abandonné"?
Pour écrire "ce roman d'aventures", il a moins?puisé?son inspiration?dans les livres d’histoire que dans les?reportages d’Yves Courrière ("La guerre d'Algérie")? ou dans ce qu’il appelle la "banlieue de la culture": les témoignages à comptes d’auteur, les fonds oubliés des bibliothèques, les bouquinistes.

"J’ai eu l’impression d’ouvrir un grenier abandonné.?J’ai fait une recherche de romancier amateur d’histoire et de rêverie. Comme le facteur Cheval, si je trouvais un beau caillou, je le?prenais. Ce qui m’intéressait, c’était le vécu."

Vécues, rêvées ou cauchemardées,??certaines scènes du livre?- les so?leries dans les bars d’Hano? ou de Sa?gon, les têtes de combattants vietminh fichées sur des piques, les tortures pratiquées par les paras dans?des villas mauresques d'Alger?- risquent de marquer durablement le lecteur. Tout comme, en contrepoint,?les réflexions sur le dessin,?pratiqué par l'auteur en amateur.?Un?art du silence, de la présence et du souffle.

"Ce que j'entends sur la nationalité me para?t un peu dingue"?
Mais ce récit est aussi - surtout - une interrogation sur la transmission ."Je me suis demandé ce qui se transmet de génération en génération. Ceux qui avaient 20 ans dans les années 60 comme mon père ou dans les années 40 comme mon grand-père ont peu parlé des?guerres coloniales. L’idée, c’est de l’ordre de la psychanalyse?: quand on conna?t son passé, on va mieux. Je ne suis pas proposeur de solution, mais?ce que j’entends aujourd'hui sur la nationalité me para?t un peu dingue."

"Cette langue qui est mon souffle"
Et de poursuivre : "Je me suis demandé ce qu'était être fran?ais. Pour moi,?c’est le culte de la langue, de la littérature. La langue est fondamentale dans cette identité. Prendre soin de cette langue me joint aux autres Fran?ais", quel que soit leur accent. "Jamais", dit le narrateur du roman, "je ne pourrais partir ailleurs, jamais je ne pourrai respirer sans cette langue qui est mon souffle.??

Si ce livre d’un inconnu a tant convaincu, c’est qu’il offre un triple bonheur d’écriture, de construction romanesque et d’humanité. Et qu'il rappelle des vérités élémentaires?: "classer" (en races, en religion...) "n’est pas penser". Curieusement, ce livre qui égrène?tant d'?atrocités?ouvre une porte lumineuse sur l’avenir.

-> "L'art fran?ais de la guerre" Alexis Jenni (Gallimard, 21 euros)

-> "Voyages pas très loin. j'aime bien aller dans Lyon", le blog de dessins d'Alexis Jenni.

->?Le site de La Grande Librairie sur France 5

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